Nos amitiés : une fraternité sincère ou une question d’intérêt ?
Comme l’a dit un poète :
رَأَيْتُ النَّاسَ قَدْ مَالُوا إِلَى مَنْ عِنْدَهُ مَالُ
وَمَنْ لَا عِنْدَهُ مَالٌ فَعَنْهُ النَّاسُ قَدْ مَالُوا
« J’ai vu les gens se tourner vers celui qui possède de l’argent ; et celui qui n’en possède pas, les gens s’en détournent. »
Ces vers décrivent une réalité douloureuse : certaines personnes choisissent leurs « amis »uniquement en fonction des avantages qu’elles espèrent en retirer.
Tant que tu peux rendre service, ouvrir une porte ou faciliter une démarche, tu es entouré. Mais le jour où tu ne peux plus donner, les appels s’espacent et les marques d’affection disparaissent. Parfois, un seul refus suffit à faire oublier des années de bienfaits.
Ce phénomène se voit aussi dans l’attention que nous accordons aux autres. Certains ne paient pas de mine : ils sont discrets, sans fortune ni position particulière. Pourtant, leur compagnie pourrait nous apporter beaucoup : une foi qui nous réveille, un comportement qui nous éduque, une parole sincère qui nous rapproche d’Allah. Mais on les remarque à peine.
À l’inverse, une personne qui possède une entreprise, des relations ou une certaine influence suscite parfois un empressement étonnant. On cherche à entrer dans son cercle ; les compliments se multiplient, les accolades donnent l’impression d’une grande amitié, alors que l’on se connaît à peine. Le respect devient parfois excessif, nourri par l’espoir d’obtenir un avantage.
Nous pouvons ainsi passer à côté de personnes qui enrichiraient notre cœur, occupés à nous rapprocher de celles qui pourraient servir nos intérêts.
Bien sûr, il est naturel d’entretenir des relations professionnelles, cordiales ou amicales avec des personnes de son secteur ou de son milieu social. Ces échanges peuvent comporter des intérêts réciproques tout à fait légitimes. Ce qui doit nous interpeller, c’est lorsque l’intérêt mondain devient l’unique fondement d’une relation présentée comme une amitié sincère ou une fraternité en Allah, au point que l’affection et la considération disparaissent avec le profit espéré.
Nous ne connaissons pas les intentions des cœurs, mais chacun peut examiner les siennes : est-ce que j’apprécie cette personne pour ses qualités, ou seulement pour ce que je pourrais obtenir d’elle ?
Le Prophète ﷺ nous a raconté l’histoire d’un homme parti rendre visite à un frère dans une autre localité. Un ange lui demanda s’il cherchait, par cette visite, à préserver un avantage dont il bénéficiait auprès de lui. L’homme répondit :
لَا، غَيْرَ أَنِّي أَحْبَبْتُهُ فِي اللَّهِ عَزَّ وَجَلَّ.
« Non, c’est seulement que je l’aime pour Allah, le Puissant et Majestueux. »
L’ange lui annonça alors qu’Allah l’avait aimé comme il avait aimé ce frère pour Lui.
Rapporté par Muslim, n° 2567.
Cet homme avait fait le déplacement simplement par amour pour son frère, sans faveur à obtenir ni service à demander.
Voilà une fraternité à cultiver : prendre des nouvelles sans avoir besoin de quelque chose ; reconnaître la valeur d’une personne, même lorsqu’elle n’a aucun prestige ; rester présent lorsqu’elle traverse une difficulté dans la mesure du possible.
Qu’Allah purifie nos intentions, nous accorde des compagnons sincères et fasse de nous des frères fidèles, dans l’aisance comme dans l’épreuve. Amine











