1/2Le groupe sud-coréen Elice, qui loue des centres de données pour l'intelligence artificielle, a perdu 32 % le 20 octobre, jour de son entrée à la Bourse de Séoul. Deux semaines plus tôt, les particuliers demandaient 408 fois plus d'actions qu'il n'y en avait à vendre.
Dans le débat public, la question d'une bulle de l'IA se résume souvent au prix des actions. Le signal le plus net vient pourtant d'ailleurs : des prêteurs.
Pourquoi des prêteurs ?
L'IA tourne dans des centres de données, des bâtiments remplis de processeurs spécialisés qui coûtent très cher et consomment énormément d'électricité. Meta prévoit à lui seul d'y consacrer jusqu'à 145 milliards de dollars en 2026.
Cet argent ne vient pas uniquement de leurs bénéfices. Une part croissante est empruntée, en émettant des obligations, c'est-à-dire des titres de dette que l'entreprise s'engage à rembourser avec intérêts. Le pari repose sur une idée : les revenus de l'IA arriveront assez vite pour rembourser.
À côté des géants, une nouvelle catégorie d'entreprises est apparue : des loueurs de puissance de calcul, comme l'américain CoreWeave ou Elice. Ils achètent les processeurs à crédit, puis les louent à quelques gros clients.
Le modèle tient tant que ces clients paient. Elice tirait les deux tiers de son chiffre d'affaires du premier semestre d'une seule agence publique coréenne. CoreWeave, qui perd de l'argent, doit près de 50 milliards de dollars.
Pour mesurer la confiance des prêteurs, il existe une sorte d'assurance sur la dette, le CDS (credit default swap). Le prêteur paie une prime chaque année ; si l'entreprise ne rembourse pas, l'assureur couvre la perte. Comme en assurance auto, plus le conducteur paraît risqué, plus la prime est chère.
Depuis l'été, cette prime monte pour toute la tech liée à l'IA. Le 15 octobre, elle a atteint des records pour Oracle, Amazon, Alphabet, Meta et Nvidia. Pour CoreWeave, les marchés estiment désormais à près de deux sur trois le risque de défaut d'ici cinq ans, contre moins d'un sur trois il y a un an.
Les géants restent loin de cette situation : leurs primes, même records, restent raisonnables. Le doute vise d'abord les entreprises très endettées qui dépendent de peu de clients.
Une autre partie du risque n'apparaît pas dans les comptes. Beaucoup de centres de données sont loués sur quinze ou vingt ans. Ces loyers futurs engagent l'entreprise, mais ne figurent pas comme dette au bilan. Pour les cinq plus grands groupes américains du cloud, ils dépasseraient déjà la dette officiellement déclarée.
Le danger c'est l'enchaînement : si les revenus de l'IA tardent, les plus endettés peinent à rembourser. Les prêteurs, méfiants, exigent des taux plus élevés ou ferment le robinet. Des projets sont repoussés, ce qui réduit les commandes chez les fabricants de processeurs et les constructeurs. Une difficulté sur un maillon fragile peut remonter toute la chaîne : à Séoul, les opérateurs relient la chute d'Elice aux doutes sur CoreWeave.
Les prochains jours apporteront des chiffres concrets : SpaceX publie ses résultats le 20 octobre au soir, Tesla le 21, Meta le 28. Les investisseurs y chercheront combien ces groupes comptent encore dépenser, et quelle part sera empruntée.
Pour aller plus loin 👉🏻
Reuters, primes d'assurance sur la dette tech à des records (15 octobre): https://www.ksl.com/article/51636602/ai-credit-default-swap-spreads-widen-sharply
SpaceX, relations investisseurs: https://ir.spacex.com
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