 Combien d’âmes réellement vivantes dans ce grouillement d’êtres humains ? Une par cent mille, peut-être, ou par cent millions. On ne sait pas. Il y a des supérieurs, des hommes de génie même, si on veut, dont l’âme n’a pas été vivifiée et qui meurent sans avoir vécu. Un cœur simple dira chaque jour, en pleurant d’angoisse: «Où en suis-je avec l’Esprit de Dieu, l’Esprit-Saint ? Suis-je vraiment un vivant ou suis-je un mort à porter en terre ?» C’est effrayant de penser qu’on subsiste au milieu d’une foule de morts qu’on croit des vivants; que l’ami, le compagnon, le frère peut-être qu’on a vu ce matin et qu’on reverra ce soir, n’a qu’une vie organique, un semblant de vie, une caricature d’existence et qu’il est à peine distinct, en réalité, de ceux qui se liquéfient dans les tombeaux. C’est intolérable de se dire, par exemple, qu’on a pu […]